« C’est l’heure de l’eucharistie », affirme le P. Nicolas
Buttet
Dans le cadre de sa participation au Congrès
eucharistique international de Québec
ROME, Mardi 17 juin et Mercredi 18 juin 2008 (ZENIT.org) - « C'est l'heure de
l'eucharistie... c'est l'heure du Christ...Je pense que nous pouvons
entreprendre la "révolution profonde", celle des coeurs et de la société ». Tel
le message que le P. Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité « Eucharistein
», souhaite transmettre au Congrès eucharistique international de Québec auquel
il participe depuis dimanche.
Il a confié ses premières impressions sur le congrès, à
Zenit. Dans cet entretien, il explique également comment il a découvert le sens
profond de l'eucharistie et l'enjeu de ce sacrement pour le monde
d'aujourd'hui.
« C'est assez merveilleux ce qui se passe ici, a-t-il
déclaré. C'est un temps de grâce, un kaïros ! Plus de 10.000 participants, une
douzaine de cardinaux, 130 évêques, des centaines de prêtres. ET Jésus. Tout
cela pour Jésus Hostie ».
Les parties I et
II de cet entretien ont été publiées respectivement par l'agence Zenit
les 17 et 18 juin 2008. Elle ont été réunies dans ce document.
Zenit - L'Eglise du Canada attend beaucoup de ce congrès
eucharistique. Croyez-vous qu'il puisse renouveler l'Eglise ? Concrètement,
qu'est-ce qui peut changer ?
P. Nicolas Buttet - Arrivé à l'aéroport de Montréal, un
jeune employé affecté au contrôle des bagages m'interroge sur ma tenue (je
porte une casaque brune et une croix) en me disant avec son bon accent canadien
: « c'est quoi ça ? » je lui réponds : « c'est un habit religieux, je suis
religieux et prêtre ». Il me réplique : « ah, mais ça existe encore des gens
comme ça ? » Une belle discussion s'est engagée, curieux d'une chose dont il
semblait tout ignorer.
Il y a 6 mois, je me retrouvais à Montréal pour une
session de trois jours avec des chefs d'entreprises. Le thème était le
discernement et nous étions deux à intervenir : un philosophe et « le moine ».
Arrivé à la session, un homme vient me trouver et me dit enthousiaste : « vous
êtes moine ? » Je réponds : « oui en quelque sorte ». « Moine bouddhiste ? »
reprend-il avec une curiosité non dissimulée ? » Je lui réponds : « non,
catholique ! » « Catholique... comme le pape ? » reprend-il l'air un peu
inquiet et soupçonneux. « Oui ! » répondis-je enthousiaste. Et j'entends en
face un « ah nonnnn ! » jaillissant du tréfonds de la déception. La session
s'est très bien déroulée par la suite et nous avons pu discuter franchement de
ce premier contact... à tout le moins assez froid ! Ces deux exemples
témoignent des conséquences lourdes, de ce qu'il est convenu d'appeler ici la «
révolution tranquille » des années soixante. Un tsunami lent, mais un tsunami
tout de même ecclésial, rel igieux,
culturel s'est produit.
La JMJ de Toronto est venue déjà secouer cette torpeur
qui pèse sur la société canadienne et particulièrement sur cette partie francophone
qui fête cette année les 400 ans de Québec appelée initialement « ville Marie »
! Ce fut le premier événement ecclésial visible depuis que l'Eglise avait été
reléguée hors du champs public. Le Congrès eucharistique est une étape
déterminante dans ce chemin de proposition de la foi. Il l'est par la
visibilité de l'évènement, par l'ampleur de l'organisation et par l'audace de
certaines initiatives du cardinal Ouellet et de son équipe. Je pense surtout à
l'effet spirituel, à la mobilisation de tant de bonnes volontés, de tant de
paroisses. A ces adorations perpétuelles mises en place en différents lieux, à
cette prière engagée il y a plusieurs mois déjà pour ce congrès. Dieu exauce
une Eglise en prière. Dieu démultiplie ses oeuvres dans des coeurs qui s'ouvrent
à la grâce.
Zenit - Pouvez-vous nous donner un avant goût de ce que
vous allez dire au congrès ?
P. Nicolas
Buttet - Le card. Ouellet m'a demandé d'apporter avant tout un témoignage
personnel sur l'eucharistie. Je vais donc parler de ma rencontre avec
Jésus-Hostie, mais aussi de la façon bouleversante avec laquelle mes
expériences dans le monde m'ont amené à apporter Jésus à tant de personnes. Je
me souviens de cette messe en Chine, célébrée au fond d'une étable, derrière
les vaches pour que la police ne vienne pas nous chercher... Mais j'ai aussi
demandé à plusieurs jeunes que nous accueillons dans notre communauté, des
jeunes venant de la rue, du milieu de la drogue ou ayant vécu une dépression,
de me décrire en quelques mots leur relation avec Jésus présent au Saint
Sacrement et ce que la messe et l'adoration leur apporte. J'en ferai donc part.
Ma conclusion sera très claire : c'est l'heure de l'eucharistie ! C'est le
Kaïros, car c'est l'heure du Christ et dans l'eucharistie nous avo ns Jésus et tout le mystère du salut.
Jean-Paul II avait dit qu'il n'y a aucun risque d'exagération dans le culte
rendu à ce mystère car c'est à Jésus lui-même que ce culte s'adresse. Je pense
que nous pouvons entreprendre la « révolution profonde », celle des coeurs et
de la société. Benoît XVI avait pris comme un signe et une mission le fait
qu'il soit monté sur le siège de Pierre en pleine année eucharistique. C'était
pour lui l'occasion de faire du développement du culte eucharistique, le centre
de son ministère pétrinien. Et on sait comment il s'y est pris. C'est lui qui a
demandé aux évêques d'introduire dans tous les diocèses au moins un lieu
d'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Il a montré l'exemple en en
instituant cinq à Rome. L'eucharistie est une école de liberté et une école de
charité. Mais elle est surtout la source de la vie surnaturelle du baptisé,
sans laquelle il ne reste qu'humain, et même « trop humain » aurait dit
Nietzsche !
Zenit - Les catholiques, même pratiquants, ont parfois du
mal à entrer dans le mystère de l'Eucharistie. Ils communient sans conviction,
par habitude. Et pourtant l'Eucharistie est vitale dans la foi d'un catholique.
Comment peut-on aider les croyants à comprendre la signification profonde de
l'Eucharistie ?
P. Nicolas Buttet - La bienheureuse québécoise, Dina
Bélanger, béatifiée en 1993 par Jean-Paul II avait un jour écrit dans son
journal : « Si les âmes comprenaient quel trésor elles possèdent dans la divine
Eucharistie, il faudrait protéger les tabernacles par des remparts
inexpugnables ; car, dans le délire d'une faim sainte et dévorante, elles
iraient elles-mêmes se nourrir du Pain des Anges. Les églises déborderaient
d'adorateurs consumés d'amour pour le divin prisonnier, aussi bien le jour que
la nuit ». On en n'est pas là ! c'est vrai que le mystère est si grand, le
fossé si énorme entre ce que nos sens perçoivent - du pain - et ce que notre
foi croit - Jésus - que ce n'est pas facile d'entrer dans le mystère. Je pense
qu'il y a trois choses à développer : une catéchèse eucharistique qui passe par
des mots et des exemples. « Mettons-nous à l'école des saints, grands
interprètes de la piété eucharistique authentique, avait dit Jean-Paul II à la
fin de son encyclique sur l'eucharistie.
Deuxièmement, il faut mettre en lumière la consécration à
la messe, et le tabernacle dans les églises. Je suis toujours frappé par le peu
de dévotion durant la célébration eucharistique à la consécration. C'est un
moment qui est comme bâclé. On peut croire avec des mots, mais avec les gestes
que l'on pose en ces moments, on ne trompe pas. J'étais un jour chez des amis.
Les parents avaient une fille de 3 ans ; ils l'avaient faite baptisée et donc,
par tradition et par devoir, allaient à la messe avec elle tous les dimanches.
La tante de cette fille est une catholique engagée. C'était donc l'heure de
partir à la messe et la maman demande à sa petite fille de trois ans : « Avec
qui veux-tu aller à la messe, avec maman ou avec tata » ? Et la fille de
répondre sans hésiter : « avec tata ! » « Et pourquoi ? », lui demanda la
maman. « Parce elle, elle croit ! » répliqua avec encore moins d'hésitation la
fillette. Je pense qu'il y a des gestes, des attitudes qui sont une catéchèse
à eux seuls. J'étais en Chine. Un vieux
catéchiste, Zacharie, qui a risqué sa vie pour annoncer Jésus et qui arrivait à
ses 100 ans d'âge (!) avait conservé, dans un local dérobé de sa maison, un
tabernacle avec le Saint-Sacrement. Heureux, il me fait découvrir son trésor
derrière une porte dérobée.. A peine entrés dans ce petit local, Zacharie se
jette à genoux, se prosterne le front contre terre et commence quelques
prières. J'avais compris que c'était Jésus qui était là ! Il n'y avait aucune
hésitation possible !
La troisième chose, c'est l'adoration eucharistique et la
dévotion eucharistique hors de la messe. Ce mystère est si grand que la seule
liturgie ne nous permettra jamais de l'approfondir suffisamment. Seule une
exposition prolongée au mystère de la Présence réelle de Jésus au
Saint-Sacrement permet de rentrer progressivement dans la stupeur
eucharistique. Je pense à ce témoignage de Maxime 21 ans : « Pour moi,
l'eucharistie est le centre de ma vie. Jésus-Eucharistie m'a tiré de l'enfer de
la drogue. Grâce à l'Eucharistie, ma vie a été transformée et je suis
maintenant heureux de vivre pour servir le Christ. L'eucharistie est ma force
pour aimer, pour suivre et servir le Christ à travers joies et peines. Dieu
nous aime infiniment et il ne nous abandonnera jamais ».
Zenit - Pouvez-vous nous raconter comment vous avez
découvert l'importance de l'Eucharistie ?
P. Nicolas Buttet - Il y a une vingtaine d'années, j'effectuais
alors un stage d'avocat et j'étais engagé dans de multiples activités
politiques comme député dans un parlement cantonal en Suisse et comme
secrétaire d'un groupe parlementaire national. J'étais donc confronté aussi
bien aux grandes questions sociétales qu'aux problèmes personnels, familiaux et
sociaux. Je m'occupais notamment, dans le cadre de mon activité au bureau
d'avocat, d'un jeune qui avait violé et brûlé 7 enfants. Ce contact entre cette
réalité si douloureuse et ma foi faisait monter dans mon coeur un cri : « S'il
n'y a pas l'amour, le monde ne pourra pas continuer ! » Je décidais alors
d'expérimenter cet amour de plus près en passant mes vacances de Noël au
Cottolengo, à Turin, une institution qui accueille des personnes atteintes de
très graves handicaps physiques et mentaux. Je me souviens de mon arrivée dans
la maison : J'avais quitté le parlement suisse et je débarquais - ignorant et
pauvre - dans l e monde - nouveau pour
moi - de nos frères et soeurs handicapés. Je fus directement plongé dans la
réalité du lieu puisque, peu après mon arrivée, avec un frère religieux, nous
avons passé deux heures à laver 18 malades qui étaient souillés de la tête aux
pieds. Après les premières réactions aux odeurs et ... aux couleurs ! je fus
saisi par cette parole du Christ qui prenait chair et quelle chair ! en cette
nuit : « Tout ce que tu as fait au plus petit d'entre les miens c'est à moi que
tu l'as fait » (Mt 25). Après avoir terminé de laver ces frères handicapés,
vers minuit, je suis descendu à la chapelle où le Saint-Sacrement était exposé
jour et nuit. Pour moi, ce fut le choc, la certitude de sa présence réelle,
corporelle. Je découvrais en même temps la présence de Jésus, en haut sur les
lits en la personne de mes frères grabataires et cette présence rayonnante de
Jésus sur l'autel, au Saint-Sacrement. Jésus était bien là sous les apparences
du frère et sous les apparences du pain.
Le même et unique Jésus. Cette certitude ne m'a plus quitté depuis cette date,
même si elle en est encore - malheureusement - et je le dis avec un coeur
contrit - balbutiante et parsemée de tant d'inconséquences quant à l'exercice
de l'amour. Je me console en citant Saint Claude La Colombière qui disait : «
dire que je n'en suis que là après plus de 10.000 communions ! »
Zenit - Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la
Fraternité Eucharistein. Quel est son principal charisme ?
P. Nicolas Buttet - Notre petite communauté est
d'inspiration franciscaine pour son style de vie pauvre et proche de la nature
: nous construisons ou réparons les maisons nous-mêmes, nous développons
l'agriculture et la sylviculture. Nous sommes bien sûr enracinés dans la vie
eucharistique. C'est le coeur de notre vie et de notre vocation. Nous avons
notamment, dans nos maisons, l'adoration quotidienne de 5h du matin à 22h et
deux à trois nuits par semaine. Nous avons également lancé, avec des laïcs et
l'autorisation de l'évêque, l'adoration perpétuelle à Fribourg en Suisse :
24h/24, 7 jours sur 7. L'inspirateur de notre vie eucharistique est S. Pierre
Julien Eymard, un grand prophète de l'eucharistie au 19e siècle. C'est lui qui
disait : « J'ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence
universelle qui s'empare d'une manière effrayante de tant de catholiques et je
n'en trouve qu'un : l'eucharistie, l'amour de Jésus eucharistique. La perte de
foi vient de la perte de l'amour ». A
une autre occasion, il disait : « Maintenant, il faut se mettre à l'oeuvre,
sauver les âmes par la divine eucharistie et réveiller la France et l'Europe engourdies
dans un sommeil d'indifférence parce qu'elles ne connaissent pas le don de
Dieu, Jésus, l'Emmanuel eucharistique. C'est la torche de l'amour qu'il faut
porter dans les âmes tièdes, et qui se croient pieuses et ne le sont pas parce
qu'elles n'ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus eucharistique ».
Nous accueillons aussi des jeunes en difficultés. Nous nous inspirons pour cela
de Bienheureuse Teresa de Calcutta dans ce rapport entre le sacrement de
l'autel et le sacrement du frère. c'est là que nous expérimentons quasi
cliniquement si j'ose dire, la force et la puissance de reconstruction et de
grâce de Jésus en son Sacrement d'amour. Enfin, nous avons des missions
particulières, paroisses, hommes politiques et hommes d'affaires, animation spirituelle
de l'institut Philanthropos... Et bien sûr, notre
inspirateur dans cette mission d'être tout à tous, c'est S. François de Sales.
Propos recueillis par Gisèle Plantec
Cette nouvelle est de l'Agence ZENIT.
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